jeudi 12 mai 2022

Seul contre elle - Jessica Di Salvio

 

Auteure : Jessica Di Salvio

Maison d'éditions :  De Mortagne

Type : sujet tabou, 

Nombre de pages : 350

Étoiles :  Coup de coeur







« Je lui ai dit d'arrêter, mais elle a continué. Pourquoi? Pourquoi a-t-elle continué ? » Solitaire de nature, Noam accepte l'invitation insistante de son meilleur ami à un party. Croyant avoir enfin une chance avec Judith, la fille sur laquelle il tripe, l'adolescent ne réalise pas tout de suite ce qui lui arrive… Jusqu'à ce qu'il comprenne la gravité du geste posé et que le mot « victime » fasse son chemin dans sa tête. Lorsque les détails de l'agression se propagent sur les réseaux sociaux, certaines personnes affirment qu'il devrait s'estimer chanceux. Qu'on ne peut pas se faire violer par une fille qu'on trouve de son goût. Noam parviendra-t-il à prouver à tous qu'ils ont tort? Qu'érection ne rime pas nécessairement avec excitation ? Le mythe voulant qu'une agression sexuelle vécue par un garçon soit physiologiquement impossible est tenace. Pourtant, au Québec seulement, un homme sur cinq déclare avoir été victime d'abus ou de viol, que ce soit de la part d'un homme ou d'une femme. Le consentement n'a pas de genre et non signifiera toujours NON.


Bizarrement, je n'avais jamais osé auparavant essayer la collection tabou. Aucune idée pourquoi. En fait le pire, c'est que ç'a toujours attiré ma curiosité. Quand Jessica a annoncé la publication de son roman, c'est là que j'ai décidé de me lancer.

Dans ce 59e tabou, on y fait la connaissance de Noam, un garçon solitaire qui a un solide kick sur Judith, LA fille la plus populaire de l'école. Lui qui souhaitait dont avoir une belle première expérience et surtout avoir une chance avec Judith, se retrouve malgré lui piégé et forcé contre son gré.

L'auteure sait nous mettre parfaitement dans la peau de ses personnages, et surtout dans l'ambiance. Elle connaît bien le sujet, ce qui m'a permis d'en savoir davantage à mon tour.
Sa plume, les mots choisis, la balance des émotions... Ça donne un bon punch en pleine face, qui permet amplement de comprendre ce que vit Noam en tant que victime. 

Comme sans doute la majorité des gens, j'en savais que très peu. Ça me fait penser à la phrase "Même quand on se pense seul, on est jamais seul.", car même pour nous qui ne vit pas d'agression, qui dit qu'il n'y a pas un homme pas si loin de nous qui en vit à l'heure qu'il est ? Et ça vaut pour tout le monde. Avec tous les croire du monde autour, et tous les maudits préjugés, les rire... c'est ÇA qui fait en sorte que les hommes victimes d'abus n'osent pas se confier et ne portent pas plainte. Un homme sur cinq seulement déclare, ce qui est énorme. J'ai tellement été en criss (sorry but it's true) contre tous ceux qui étaient du bord de Judith. Et encore plus en constatant qu'ils se permettaient haut la main de juger avant même d'écouter la version de Noam. 

Mais même si j'étais sous le choc de lire les commentaires, ce sont pas eux qui me dégoûtait le plus. Non, au contraire. Judith, qui s'en lavait bien les mains de paraître si innocente aux regards des autres. L'horreur des réseaux sociaux lorsqu'il se passe ce genre de cas... c'est là qu'on voit l'ampleur immense mais certainement immonde de ce que ça prend. Honnêtement, la scène à l'aréna où Judith a fait un commentaire désobligeant, je la trouvais dégueulasse. Je me suis dis "j'peux pas croire qu'elle a vraiment dit ça..". Je l'ai détestée tout le long. 

Ça m'a énormément touchée, et marquée lors de l'inspection, la mise à nu à l'hôpital. On peut pleinement prendre conscience de la fragilité mais aussi l'incapacité à se faire toucher par quelqu'un. De plus, pour ajouter au réaliste... j'ai adoré les passages de mise à nu face à lui-même. Jessica a réussi à 110% à sensibiliser. Ça doit prendre tout leur p'tit change (beaucoup de courage) et une force mentale tellement grande afin de réussir devant des professionnels, alors que devant soi, ça doit être dur comme pas possible. Aussi, en nous présentant l'agression de façon que ce ne soit pas un acte vite fait, ça nous fait réaliser que la durée n'importe rien, tant qu'il n'y a pas consentement. En majorité, quelques secondes suffisent à traumatiser, marquer, troubler une victime d'agression sexuelle. Ça démontre que ça suit tout le reste d'une vie. 

Jessica m'a également surprise avec Maxime. Après ce que son meilleur ami a vécu, il ne l'a non seulement pas écouté, mais en plus goutte de trop, il s'en prend à Noam car il y a une rumeur sur lui ?!? Et cerise sur le sundae dans le vestiaire... ?!?!?! Non, mais. ARK. S'il aurait cru être encore ami avec Noam suite à tout ça, il se foutait plus qu'un doigt dans l'oeil. Mais par-dessus ça, il y a le pire de tout. Le secret de Maxime... quand il y a annoncé, je pense que j'aurais pu avoir la mâchoire par terre. Ça c'était carrément le vase qui déborde en lac. J'ai eu mal pour Noam.
À bien y penser, je crois qu'au final, autant lui que son père m'écœurent. 

J'ai été révoltée et sous le choc pas mal tout le long de ma lecture. Je rageais profondément de l'intérieur. Mais ce qui est le plus choquant, c'est que ça illustre exactement la réalité. 

Quant au père de Noam, lui là. J'y en ai voulu de ne pas avoir écouté son fils et être présent au moment où il en avait le plus de besoin. Je ne perd pas à l'idée qu'en cours de route, il change de perception et décide enfin d'aider son fils. Mais ça ne l'excuse pas pour autant d'agir en vrai trou de cul pendant quand même longtemps.

J'ai beaucoup apprécié également l'emphase sur l'importance d'être bien accompagné, soutenu, écouté et compris par une ou plusieurs personnes. Comme ç'a été le cas de Noam avec le groupe de soutien. On perçoit au fil du temps que ça lui a apporté une grosse dose d'amour, et comme une deuxième famille.
Noam est un personnage incroyablement attachant, et je suis persuadée que plusieurs se reconnaîtront à travers lui. 
J'espère sincèrement qu'en grande partie grâce à des romans comme celui-ci, on finisse un jour par faire taire les stéréotypes et tuer les tabous. Je rêve peut-être en couleurs, mais je continue de garder espoir. L'histoire nous porte aussi à rediriger nos pensées et de ne pas mettre toutes les femmes ou tous les hommes dans le même panier. Ce n'est pas parce que c'est un homme qui vit une agression sexuelle que ça ne compte pas. 


Merci beaucoup d'avoir lu jusqu'ici, j'apprécie ! On se le dit à la prochaine et d'ici là, bonnes lectures ! 

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